Vania a attiré notre attention la semaine dernière sur le bruit fait par le livre "L'Empire des Coachs, une nouvelle forme de contrôle social." Après réflexion, j'ai décidé de lire ce livre même si j'ai peu envie de revenir à nos débats sur les abus, les excès, les dérives et les déviances du coaching. Les auteurs posent une question que je me suis souvent posée avant de faire le DESU : de quoi le coach est-il le symptôme ? Pour les auteurs, le coaching n'est pas une pratique avec ses brebis galeuses, et ses vertueux prophètes, mais la dérive est au principe même du coaching, nouvel embrigadement des esprits porté par la «pensée» managériale, n’hésitant pas à prendre les habits du savant, ou les signifiants, utilisant une «novlangue" en droite ligne de la « doctrine » néolibérale, piochant dans les dialectes «psys» du moment, pourvus qu’ils soient économiquement rentables, structurant ainsi sa propre rhétorique d’influence.
Les auteurs évoquent l'une des thèses fondamentales de Nietzsche, pour qui toute conduite humaine, est motivée par la volonté de puissance. En proclamant « Dieu est mort », le philosophe, résumait le « nihilisme passif » de la civilisation moderne et la perte d'emprise des valeurs traditionnelles (représentées essentiellement par le christianisme) sur la vie des individus, ces valeurs représentant, à ses yeux, une « morale d'esclaves", créée par des individus faibles et en proie au ressentiment, qui encouragaient la douceur et la gentillesse pour privilégier des comportements servant leur propres intérêts. Nietzsche soutenait qu'il était possible de remplacer ces valeurs traditionnelles en créant des valeurs inédites, projet qui l'amena à élaborer la notion de surhomme (Übermensch), assuré, indépendant, individualiste à l'extrême, et qui contrôle rationnellement ses passions. Le surhomme est créateur de valeurs, créateur d'une « morale de maîtres », laquelle reflète la force et l'indépendance de celui qui se libère de toutes les valeurs, à l'exception de celles qu'il juge valables. A moins que la perversion ne soit davantage adaptée pour penser la soumission « librement consentie » visée par l’intervention subtile du coach ?(en référence au Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens de Joule et Beauvois).
Les auteurs utilisent aussi la pensée d'Emmanuel Levinas (que je vous conseille à tous et dont je vous parlerai dans un autre billet), sur la responsabilité qui se pose à moi, du fait du regard de l'Autre.
Ce qui m'a le plus étonné dans ce livre n'est pas le discours, mais la véhémence du propos, le mépris, et le peu d'intérêt accordé à la psychologie humaniste, et à la parole des "usagers".
Je crois que la psychanalyse orthodoxe est aujourd'hui tellement attaquée par l'usage des psychotropes et l'apport des theories cognitivo comportementales, qu'elle pose la question du déplacement des pouvoirs et des territoires.
Mais doit-on refuser la discussion ou se confronter à cette subjectivité pour continuer à s'enrichir et évoluer ? Pour ma part, je suis pour le dialogue, même si je comprends F. Délivré et son refus de discuter dans le cadre qui lui était proposé.
J'aimerais bien avoir votre avis ...
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13 novembre 2006
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